Les contes du champignon

Les contes du champignon
CONTES

Tam-Tam l'éléphant



« Pose tes pieds doucement ! On te l'a déjà dit ! Tu fais trembler le sol de toute la savane » disait une maman éléphant à son petit tandis que les autres éléphanteaux lui répétaient : « tu joues du tam-tam, tu joues du tam-tam ! »

Le plus espiègle de ses amis trompeta alors haut et fort : « on va l'appeler Tam-Tam, il l'a bien mérité ! »

Le pauvre Tam-Tam devenait plus triste de jour en jour à cause de toutes les mauvaises plaisanteries dont il était la cible. Il avait bien essayé de marcher plus légèrement, mais il n'y parvenait pas : tantôt on se moquait de lui parce qu'il jouait les danseuses étoiles en marchant sur la pointe de ses pieds, tantôt c'était parce qu'avec toutes les précautions qu'il prenait pour poser ses pieds doucement, tout doucement, il n'arrivait plus à suivre le troupeau...
-----oOo-----

Un jour que le troupeau se promenait comme à l'accoutumée, les premiers stoppèrent net. Ils avaient vu, là-bas au loin, des chasseurs, ces hommes armés de fusils, sans doute venus tuer quelques-uns de leurs amis caribous ou lions peut-être.

Comment faire savoir au plus vite à toute la savane que ces hommes étaient là, que le danger était présent ?

Les jeunes voulaient rebrousser chemin et courir de toutes leurs forces pour avertir ceux qu'ils rencontreraient, qui, à leur tour, pourraient courir en avertir d'autres, etc. Mais les aînés savaient bien qu'avec leurs voitures les hommes avançaient plus vite qu'un éléphant au galop. Ils étaient consternés et inquiets lorsque Tam-Tam, tremblant de peur, se dirigea d'un pas déterminé vers sa mère. Sa marche tambourina sur le sol et dans le silence les lourds coups donnés par ses pieds résonnaient. Un vieil éléphant eu alors une idée : « c'est toi, Tam-Tam, qui va avertir tous les animaux de la savane. Ils sont habitués à entendre ton pas mais si tu cours, que tu marches, que tu cours encore, que tu marches à nouveau, et toujours en cercle autour du troupeau, ils ne vont pas comprendre et se poseront des questions ; cela les mettra peut-être en garde ».

Tam-Tam n'en revenait pas ! De mauvais sujet il allait peut-être devenir héros. Alors il se mit à marcher d'un pas encore plus lourd qu'à l'ordinaire, un demi-tour de troupeau, puis il se mit à courir un autre demi-tour de troupeau et ainsi de suite, jusqu'à ce que la tête lui tourne. Alors il s'arrêta.

Le grand silence se fit sur la savane. Bientôt des sifflements stridents d'oiseaux se firent entendre puis le silence, puis les sifflements, puis encore le silence. Les cris des singes prirent le relais suivi d'un silence et d'un autre moment de cris, puis encore d'un silence.

Lorsque la voiture des chasseurs passa près du troupeau les éléphanteaux se serrèrent au milieu des adultes. Le bruit du moteur était alors le seul qu'on puisse entendre à des centaines de kilomètres à la ronde.

« Nous avons réussi, j'en suis sûr » dit le vieil éléphant. Tous attendaient, tendant l'oreille, prêts à tressaillir au moindre coup de feu qui pouvait être fatal.

---oOo---

Ils étaient là depuis plus d'une heure, tendus, l'oreille aux aguets. Seul le bruit du moteur de la voiture leur parvenait de temps à autre. La savane était silencieuse, comme inhabitée. Brusquement le vrombissement du moteur s'enfla et la voiture passa devant eux à nouveau, mais en sens inverse.

« Nous avons réussi, je le savais ! Bravo Tam-Tam, c'est grâce à toi que tous nos amis ont compris qu'il se passait quelque chose de curieux, d'inhabituel, de dangereux et qu'ils se sont cachés ». Aucun coup de feu ce jour-là, aucun ami tué. Tam-Tam était fier de lui.

Et depuis ce jour plus aucun éléphant, ni aucun autre animal, ne trouva à redire sur la façon de marcher de Tam-Tam. Ce surnom qui l'avait tant blessé est devenu pour lui un nom royal. Il est celui qui a averti la savane, celui dont les pieds parlent. Bravo Tam-Tam !